De retour sur scène... au service de la forêt

Dernière mise à jour : 8 mars

Un retour ? Le mot est faible. Après 12 années, j'ai eu le bonheur de réveiller le ténor soliste qui sommeillait en moi et de l'amener sur une scène nationale : Angers Nantes Opéra.




La dernière fois que j'avais eu le bonheur de chanter sur une scène en soliste, c'était à Vienne en août 2009, dans le magnifique théâtre impérial du château de Schönbrunn. Un théâtre qui résonnait particulièrement pour le Lorrain que je suis, car il avait été construit par le dernier Duc de Lorraine, devenu empereur de l'empire Austro Hongrois par le truchement du mariage avec la célèbre Marie Thérèse d'Autriche. Pour terminer d'achever le lien avec la Lorraine, j'incarnais le rôle de Stanislas dans l'opérette de Karl Zeller Vogelhändler (l'oiseleur).

L'année suivante, en 2010, j'étais réinvité à Vienne pour Ferrando dans Cosi fan tutte, mais hélas, souffrant, j'ai dû quitter la production. Cela mettait un terme à ma carrière renaissante... Jusqu'à cette soirée du 4 janvier 2022 à l'Opéra de Nantes.

Un retour grâce aux arbres

Je ne pensais jamais revenir sur scène chanter des airs exigeants de ténor. Et pourtant l'occasion s'est présentée, dans la continuité de mes activités pour SYLVA LYRIC. Alain SURRANS, le directeur actuel d'Angers Nantes Opéra m'a proposé d'ouvrir le bal d'une soirée s'inscrivant dans la série "Ça va mieux en le chantant", avec pour thème "Des forêts et des Hommes".


Là, sans réfléchir une seule seconde, j'ai accepté. Une folie nantaise. Dès lors, sans plus tarder, j'ai travaillé ma technique avec un coach vocal de niveau international. Une aubaine, il officie parfois dans la région nantaise. Une merveille de découvrir les possibilités actuelles de ma voix, dans le plus grand respect, la plus grande douceur. Un coach qui te dit "ton corps sait, ton larynx sait, laisse les faire", ça me plait. Merci Allan Wright.


Six mois plus tard, le résultat était là. Ma voix répondait, et elle était capable d'aborder l'air de Gérald dans Lakmé (Delibes), un air redoutable car léger et très haut perché. Autant vous dire que l'ancrage pratiqué en forêt avec bon nombre d'entre vous a été primordial. Les altitudes et le ciel, oui... Mais les racines bien profondes dans le sol. Le secret du Do aigu ? Le sol !


Le jour J, ce 4 janvier 2022, s'annonçait éprouvant : la générale, à 14h, puis deux spectacles à 18h et 20h. Ce serait donc 3 airs à chanter 3 fois dans la journée, quasiment un récital complet. Heureusement, d'autres solistes et les amis du choeur d'Angers Nantes Opéra partageaient également l'aventure.


Un bonheur inégalé

Jamais dans toute ma carrière de soliste, même dans les moments de grâce, lorsque j'ai chanté Werther ou Fenton, jamais je n'avais senti une telle liberté, une telle joie de chanter. Passées les premières minutes du stress, je n'avais qu'à laisser faire, qu'à laisser se déployer ma joie de chanter, débordant de gratitude pour cette chance incommensurable de revenir chanter sur une telle scène. J'ai alors mesuré à quel point ce que je prenais pour un dû, lors de ma carrière de jeune ténor, n'était qu'une succession de secondes cadeaux. Ce qui n'empêcha pas les difficultés et les obstacles, ce 4 janvier 2022. Mais la joie de chanter était la plus forte et balayait toutes les entraves physiques et psychologiques.

Le même bonheur éprouvé pendant les vocalises, les répétitions, les jours de doute, et les petites et grandes victoires. Et puis maintenant, debout sur scène, accompagné d'Hélène PEYRAT, aux doigts de velours


Un amérindien à Nantes

Ce que je ne vous ai pas dit, c'est que je m'étais préparé comme un amérindien. L'apprentissage vécu dans la forêt avec le Chef Régent Sioui, en 2006, fut d'une aide précieuse : en début de journée, me purifier tout le corps, avec de la fumée de sauge, puis préparer un breuvage chaud résultant de l'infusion de branches de sapin de Douglas, de thé du Burundi et de miel de la forêt du Gâvre, boire, un petit peu toutes les demi-heures, ne pas trop parler avec mes anciens collègues du choeur, puis boire, respirer, goûter chaque seconde, et encore boire. Ensuite sur scène, instants de volupté.


Ah viens dans la forêt profonde, l'aile de l'amour a passé. Et pour nous séparer du monde, sur nous le ciel s'est abaissé...

Un texte de Dan GEORGE de le Chef amérindien, sur une musique de Jean-Christophe ROSAZ

Ultime cadeau. Combien de chanteurs ont-ils la chance qu'un compositeur écrive une mélodie spécialement pour leur voix, de surcroît sur un texte résonnant particulièrement ?

Deux ans auparavant, il était venu m'entendre dans une salle louée pour l'occasion à Tours, et également pour filmer quelques scènes visant à alimenter le film d'Olivier DEPARDAY, Des racines au choeur. C'était la veille du premier confinement sanitaire. J'avais un mal de dos à déchirer les lombaires. Et j'ai chanté, Werther, Tamino, Cavaradossi, accompagné de Sandrine ABELLO, alors pianiste et chef de choeur à l'opéra de Tours.

Jean-Christophe avait bien perçu ma gêne physique, donc vocale. Et pourtant il m'a servi une oeuvre sur mesure, The forest speaks to me, collant parfaitement à ma voix et au texte de Dan GEORGE.

Un rêve.






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